Mon fils, ma bataille !

Un mémoire, c’est un peu comme un enfant. Aussi étonnante que peut paraître une telle comparaison, il n’en existe pas moins certaines similitudes, troublantes, qui peuvent nous amener à considérer notre mémoire comme la chair, de notre chair ; le sang de notre sang.

Tout d’abord, il est à remarquer qu’un mémoire met environ 9 mois à mûrir, soit une période qui correspond exactement à la gestation d’un petit être. En effet, d’octobre à juin, l’étudiant planche sur son mémoire. Alors que les premiers mois de réflexion ne sont pas réellement visibles, car l’étudiant ne fournit pas un travail quantifiable, il n’en murît pas moins sa réflexion personnelle en solitaire, découvrant certaines pistes, en abandonnant d’autres,…  ces 9 mois sont ainsi l’occasion de mettre les nerfs du juriste à rude épreuve, tout comme ceux de la mère sont sollicités lors de la grossesse. Ainsi, si la future maman doit préparer l’arrivée du bébé, arranger sa chambre, prendre contact avec le pédiatre, l’hôpital,… l’étudiant qui rédige son mémoire n’est pas en reste. Il se doit lui aussi de préparer l’arrivée de son mémoire, en arrangeant sa bibliographie, son index jurisprudentiel, son sommaire, sa page de garde, ses annexes, en établissant des liens avec son directeur de mémoire,…

De même, et sans exagérer aucunement, le juriste peut parfois appréhender son travail universitaire comme un petit être sans défense, potentiellement sujet à la critique de ses aînés, et se voit contraint de le défendre contre toute sorte d’attaque extérieure, de le protéger en multipliant les copies de sauvegarde sur son disque dur, comme une mère multiplierait les cache-prises pour les bébés et les barrières enfant dans les escaliers, au sein du foyer.

Et comment ne pas assimiler le dépôt du mémoire et la soutenance qui l’accompagne comme une “délivrance”, d’une intensité quasi-identique à celle ressentie par la mère lors de l’accouchement ? En effet, si la dernière ligne droite dans la rédaction d’un mémoire peut s’avérer comme une épreuve, et provoquer angoisses et souffrances, le juriste-parturiente ressent après une telle épreuve, une joie semblable à celle éprouvée par une femme qui viendrait de donner la vie. Ne peut-on pas considérer, en quelque sorte, que le juriste a “donné la vie” à un concept juridique, ou une nouvelle vision de l’état du Droit dans nos sociétés ? ;-)

Même constat pour la soutenance du mémoire qui peut-être vécue comme une véritable épreuve initiatique, un rite de passage, qui ébranle la foi du Juriste, met en doute sa capacité à s’occuper correctement et à défendre son oeuvre. Mais très vite, l‘instinct maternel reprend le dessus, et l’étudiant jette toutes ses forces dans l’entretien : argumentant, expliquant, protégeant le nouveau-né et les idées qu’il a développé. Transcendé, le juriste entend ces quelques mots résonner aux confins de sa mémoire : “C’est mon fils, ma bataille ! (…) Je vais tout casser, si vous touchez aux fruits de mes entrailles ! (…) Les juges et les lois, ça me fait pas peur !

Ainsi, mêlant à la fois satisfaction, bonheur et souffrances, la rédaction d’un mémoire est toujours l’avènement d’un changement profond dans l’existence de notre juriste. Dès lors, comme la mère, une fois sortie de l’établissement hospitalier, prend conscience de tous les bouleversements qu’entraînent la naissance d’un petit être, le Juriste se rend compte, une fois le (bébé) mémoire déposé, que sa vie d’étudiant s’achève, et qu’il doit à présent faire face à de nouvelles responsabilités.

Parfois, on peut assister, à de rares occasions, à des grossesses avortées. Pris dans un processus qu’il ne maîtrise plus, le juriste abandonne son enfant. Il ne sent pas capable de l’élever. D’élever son niveau de réflexion au seuil qu’il s’est lui-même fixé. Persuadé d’être un mauvais parent, de ne pas être à la hauteur de la tâche, il décide de renoncer à ses droits parentaux et confie la garde du sujet à un prochain étudiant qui s’en montrera peut-être plus digne…

Ne vous moquez donc pas si, d’aventure, vous entendez un étudiant qualifier son mémoire de “bébé”, de “foetus en gestation”, ou comparer la période de rédaction à une grossesse difficile…  Comme toute femme enceinte, il peut avoir ses caprices, ses sautes d’humeur, et ses angoisses nocturnes, n’en faîtes pas cas… Cela n’est que temporaire. 9mois, c’est long et c’est court à la fois… ;-)

Attention en revanche au retour de couche. Un bébé (le mémoire) peut en cacher un autre (une thèse)… !!!!!

2 Responses to “ Mon fils, ma bataille ! ”

  1. GroM

    Attention à la dépression post partum, cependant ;)

    Et bravo pour ton travail !

  2. PH (de Juriste en Herbe)

    Heureusement pour moi je n’aurai jamais à m’adonner à ce genre de plaisir :)

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